Baise-en-ville : une comédie au goût de diabolo grenadine

© Le Pacte

Date de publication : 28.01.26

Expression désuète et décomplexée née dans les années 1930, « baise-en-ville » désigne un petit sac pouvant contenir l'essentiel pour passer une nuit en dehors de son domicile. Cet objet pratique pourrait bien changer la vie de Corentin Perrier (surnommé Sprite), qui a besoin du permis de conduire pour travailler, mais qui doit travailler pour payer ses leçons de conduite. Entre deux rendez-vous à l’auto-école, le héros du nouveau film pétillant de Martin Jauvat tente de résoudre le casse-tête de la vie d’adulte.

Galères et RER

À Chelles, on peut croiser des véhicules d’auto-école rose bonbon, s’offrir les services d’Allô Nettoyo pour éviter d’avoir à nettoyer sa maison après une soirée, et entendre la musique de Bonne nuit les petits résonner comme un hymne. C’est en tout cas comme cela que Martin Jauvat dépeint sa ville natale dans Baise-en-ville : avec humour, tendresse et fantaisie. Dans son second long-métrage, il incarne Sprite, un personnage contraint de prendre son destin en main : après lui avoir confisqué la bonde de la baignoire, sa mère menace de le virer de la maison familiale. Privé des bains qui lui permettaient de penser en toute liberté, il part à la recherche d’un gagne-pain et s’inscrit à l’auto-école. Après avoir refusé la proposition de son beau-frère (un poste non rémunéré de stagiaire du stagiaire), il rencontre Rico, qui sillonne la Seine-et-Marne avec sa start-up Allô Nettoyo. C’est une nouvelle vie qui commence pour Sprite, ou presque… Car pour travailler, il a besoin du permis de conduire, et pour le payer, il a besoin de travailler.

En confrontant son personnage à ce paradoxe aussi réaliste que burlesque, Martin Jauvat explore l’angoisse de toute une génération : celle de rater sa vie. Aujourd'hui, il est de plus en plus difficile d’échapper aux injonctions à la réussite, au bien-être, voire à la perfection, largement amplifiées par les réseaux sociaux. Dans Baise-en-ville, Martin Jauvat raconte pourtant que la réussite n'est pas la clé du bonheur. À travers cette comédie colorée, il porte la voix d’une génération qui tend à s’écouter davantage, à exprimer ses émotions et à favoriser l’entraide pour avancer. 

© Le Pacte

Voir la baignoire à moitié pleine

Et si le velux d’une maison à Chelles était une fenêtre sur le monde, et le siphon d’une baignoire, le centre de l’univers ? Lorsque le héros de Baise-en-ville est contraint de sortir de sa baignoire, il se confronte à l’absurdité de notre existence, mais il s’ouvre aussi aux autres. Les rencontres qui rythment le parcours de Sprite sont déroutantes, surprenantes, mais pleines d’humanité. Aux côtés de Martin Jauvat, qui incarne le héros, on retrouve Sébastien Chassagne, William Lebghil et Anaïde Rozam, habitués de l’univers du cinéaste, mais aussi Emmanuelle Bercot, Michel Hazanavicius et Géraldine Pailhas. Les membres de cette joyeuse troupe incarnent les personnages haut en couleur qui peuplent le film et aident Sprite à grandir et à se construire.

En trouvant le juste équilibre entre lucidité et naïveté, Martin Jauvat magnifie l’étrangeté de notre réalité. Des situations ordinaires comme une leçon de conduite ou des objets du quotidien comme la bonde d’une baignoire peuvent ainsi engendrer, chez le héros du film, une prise de conscience, une connexion au monde. La saveur acidulée et la douce nostalgie du long-métrage sont non seulement réconfortantes, mais aussi inspirantes. Parfois candide, mais toujours sincère, le héros de Baise-en-ville nous montre qu’il est possible de transformer le vide en espace d’expression, de vivre une vie hors compétition et que des rencontres inattendues peuvent devenir une source de poésie.


Marie Serale