À l’est d’Éden : après le roman et le film, la série Netflix

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Date de publication : 30.09.26

En 1952, John Steinbeck, auteur de Des souris et des hommes et Les Raisins de la colère, publie À l'est d'Éden. Pour le romancier, cette fresque familiale sur plusieurs générations située en Californie entre la guerre de Sécession et la Première Guerre mondiale est sa plus grande création. Le public en fait vite un succès. Trois ans plus tard, le cinéaste Elia Kazan l’adapte dans un film qui est, depuis, rentré dans l’Histoire du cinéma. Cette année, Netflix nous livre un nouveau portage, cette fois-ci en série, pour dépoussiérer le mythe.

Un sommet de la littérature, un mythe cinématographique

Dans la littérature américaine du XXe siècle, peu de noms sont aussi renommés que celui de John Steinbeck, qui aura su, à travers des récits prenants et déchirants tels que Les Raisins de la colère (lui aussi adapté au cinéma) écrire une grande fresque sociale des États-Unis. En signant À l’est d’Éden, son œuvre la plus dense et la plus ambitieuse, il poussait sans doute au summum ses réflexions sur le bien, le mal, le libre arbitre, les classes sociales et un certain état de l’Amérique rurale. Il n’en fallait pas plus pour qu’Hollywood s’en saisisse par l’entremise d’Elia Kazan, cinéaste déjà très remarqué pour ses films Le Mur invisible (qui lui valut l’Oscar du meilleur réalisateur), Un tramway nommé Désir ou Sur les quais.

Mais au-delà du style de son réalisateur, la version cinématographique d’À l’est d’Éden a surtout marqué les esprits pour son acteur principal. En effet, après avoir révélé aux yeux du monde la carrure et le visage de Marlon Brando, Elia Kazan a imposé en 1955 une nouvelle figure, plus éphémère cette fois, sur le devant de la scène : James Dean. Avant La Fureur de vivre et Géant, c’est bien avec l’adaptation de Steinbeck que le public américain, puis mondial, s’est pris de passion pour la gueule d’ange, le charme insolent et les yeux tristes du comédien, qui mourut la même année à seulement 24 ans. 

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Une relecture féministe

Il y a donc de l’enjeu, lorsque le titre renvoie à tant d’éléments aujourd’hui culte, à adapter à nouveau le récit d’À l’est d’Éden. Pour ce faire, Netflix s’est associé à Zoe Kazan, scénariste et actrice mais également petite-fille d’Elia Kazan. Sans doute fallait-il cela pour oser s’attaquer au mythe, s’en sentir la légitimité. Mais Zoe Kazan ne s’est visiblement pas contenté de remettre au goût du jour un film qui accuse peut-être aujourd’hui le nombre de ses années. Alors que le film de 1955 n’adaptait qu’une seule des quatre parties du roman fleuve de John Steinbeck, la série fera le pari d’une adaptation intégrale. Une nouveauté rendue possible par la différence de format, bien sûr, mais aussi une volonté, semble-t-il, de rendre justice au personnage fil rouge du récit, Cathy Ames. 

Véritable antagoniste du roman de John Steinbeck, réputée pour être une des femmes les plus odieuses de l’histoire de la littérature, Cathy Ames semble pourtant être le personnage principal de la nouvelle adaptation. Elle y est d’ailleurs interprétée par l’actrice la plus fameuse du casting, Florence Pugh, qui ne cesse de conquérir Hollywood depuis son rôle marquant dans le film d’horreur à succès Midsommar. Si la série ne devrait pas retirer à Cathy Ames sa dureté et sa méchanceté, il semble, à la vue des bandes-annonces déjà diffusées par Netflix, que Zoe Kazan a souhaité replacer ces traits de caractère dans un contexte, celui d’une époque cruelle, surtout avec les femmes. 

Cette relecture sera-t-elle aussi féministe que sa promotion le laisse présager ? La série conquerra-t-elle le cœur des aficionados de Steinbeck ? Donnera-t-elle envie aux autres de découvrir l’œuvre de l’écrivain ? Autant de questions qui trouveront leurs réponses lors de la sortie d’À l'est d'Éden, le 1 octobre 2026 sur Netflix.

Alfred Sebald