Ma frère : le miroir d’une génération

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Dans leur premier long-métrage Les Pires (2022), Lise Akoka et Romane Gueret racontaient les coulisses d’un tournage avec des jeunes dans la Cité Picasso, à Boulogne-sur-Mer. Quatre ans plus tard, le duo de réalisatrices s’intéresse de nouveau à l’enfance et à la jeunesse, en nous plongeant dans l'atmosphère si singulière d’une colonie de vacances. Au-delà de nous faire sourire en nous rappelant des voyages en bus rythmés par des chansons ou des secrets partagés sous une tente, Ma frère esquisse aussi le portrait d’une génération.

Tu préfères…

Dans Ma frère, Lise Akoka et Romane Gueret retrouvent les deux actrices, mais aussi les deux personnages de leur série Tu préfères. Fanta Kebe et Shirel Nataf, qui se connaissent depuis l’enfance, interprètent Djeneba et Shaï dans les deux œuvres. Le long-métrage les suit le temps d’un été, durant lequel elles accompagnent un groupe d’enfants en tant qu’animatrices d’une colonie de vacances. Du 19e arrondissement de Paris à un camping de la Drôme, Djeneba et Shaï vont grandir et réinventer leur amitié. En immersion dans le monde de l’enfance, alors qu’elles en sortent tout juste, les deux amies vont prendre du recul sur leur propre vécu et beaucoup apprendre de cette nouvelle génération.

À l’instar de « Tu préfères », le jeu fétiche de Djeneba et Shaï, le film est inventif et fait la part belle à la joute verbale. Fruit d’un long travail d’écriture à travers différents ateliers avec des enfants, mais aussi d’un casting sauvage et d’une méthode de direction d’acteur à l’aide d’oreillettes, Ma frère déborde de vie. Le film s’inscrit pleinement dans le genre du film de vacances ou de colo, mais aussi dans ceux du teen movie et du film social. Il nous présente une multitude de personnages attachants qui ne manquent pas d’humour, ni de répartie. Par ailleurs, les conversations intergénérationnelles que nous donnent à voir Lise Akoka et Romane Gueret abordent des sujets tels que l’épanouissement, la tolérance, le consentement, l’entraide et bien plus encore. Sans édulcorer la réalité, ni s’apitoyer sur les fractures qui peuvent nous éloigner des autres, les cinéastes choisissent de célébrer ce qui nous rassemble. 

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Grandir ensemble

Si Ma frère est empreint d’une certaine nostalgie, évoquée notamment à travers la chanson Mon enfance de Barbara, que l’on peut entendre dans le film, c’est aussi une fiction particulièrement actuelle. En regardant la colonie de vacances comme une microsociété avec ses forces, ses déséquilibres et ses problématiques, Lise Akoka et Romane Gueret donnent à voir des situations comiques, mais aussi des moments précieux. Le film met en lumière l’importance de la communication à tous les âges, en nous montrant des personnages, parfois très jeunes, qui trouvent le courage de se confier et de s’ouvrir aux autres. Dans Ma frère, on observe aussi une génération qui fait preuve de curiosité et d’ouverture d’esprit, une génération capable d’aimer en se libérant des normes. Le film nous offre ainsi une représentation rafraîchissante d’un vivre-ensemble inclusif qui se construit dans la joie et l'empathie.

Film d’été sortant au cinéma en plein hiver, Ma frère nous propose une parenthèse chaleureuse, mais amorce aussi une réflexion bienvenue sur la façon dont nous vivons les uns avec les autres. À travers des personnages qui s’affirment en embrassant leurs singularités, Lise Akoka et Romane Gueret dressent le portrait tendre et juste d’une génération.


Marie Serale
 

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