Les Dimanches : au nom de la foi ou de la famille ?

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Date de publication : 13.02.26

Couronné de la Coquille d’Or du meilleur film à San Sebastián, Les Dimanches a également été remarqué dans plusieurs festivals comme Premiers Plans à Angers ou Cinemed à Montpellier. Il s’agit du second long-métrage de la cinéaste basque Alauda Ruiz de Azúa, qui a également réalisé la série Querer, sortie en 2025 sur Arte. Fascinée par les dynamiques familiales, la réalisatrice scrute leur complexité et leur fragilité, tout en questionnant l'existence de l’amour inconditionnel. Dans Les Dimanches, lorsqu’Anaira, 17 ans, exprime son désir de devenir religieuse, des tensions familiales refont surface, jusqu’au point de rupture.

De rituels en vocation 

Le long-métrage s’ouvre sur une soirée pyjama, dans un dortoir plongé dans le noir. Lorsqu’une lampe éclaire un crucifix accroché au mur, des ricanements s’élèvent. Pour les adolescents du film, élèves dans un lycée catholique, la religion semble être avant tout une affaire d’éducation. Elle représente une forme d’autorité, mais peut aussi faire l’objet de plaisanteries, lors d’une partie de « je n’ai jamais », par exemple. Ainara voit les choses différemment. En rentrant d'un séjour avec ses camarades, elle explique à sa famille qu’elle souhaite participer à une période d’intégration dans un couvent afin d’embrasser la vie de religieuse. Cette annonce bouleverse ses proches : entre incompréhension, inquiétude et colère, l’équilibre familial, déjà fragile, se fissure.

Dans Les Dimanches, Alauda Ruiz de Azúa met en parallèle l’institution familiale et l’institution religieuse, sans pour autant les opposer. Ainara a grandi avec une éducation religieuse, que ce soit à travers sa scolarité, mais aussi l’héritage que sa mère défunte lui a laissé. D’un autre côté, sa tante, Maite, qui considère Ainara comme sa fille, se revendique athée et méfiante envers l’Église. La cinéaste ne présente la vocation d’Ainara ni comme un refuge pour une jeune fille qui ne trouverait pas sa place, ni comme une lubie pour une adolescente en quête d’expérience. C’est à la fois un sujet mystérieux pour son entourage, mais aussi une force qui l’anime et qui l’appelle intensément. À travers un scénario tout en finesse, qui évoque l’influence du christianisme dans la culture basque et observe comment des liens se renforcent, s'étiolent ou se brisent au sein d’une même communauté, Les Dimanches questionne bien plus que la naissance d’une vocation. 

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Peut-on aimer sans condition ? 

Évoquant à la fois les rites religieux et familiaux, les dimanches mentionnés dans le titre du film donnent lieu à des affrontements entre les personnages. Suite à l’annonce d’Ainara, chaque rassemblement familial, qu’il s'agisse d’un dîner ou d'une communion, devient un moment de débat. Si la dimension artificielle des disputes peut souvent être difficile à oublier au cinéma, Les Dimanches offre des dialogues d'une rare intensité. Chaque personnage qui entoure Ainara joue un rôle dans sa réflexion. La cinéaste s’intéresse davantage à l’impact du choix de l’héroïne au sein de sa famille qu’à la psyché adolescente. Si ce parti-pris permet au film d’aborder le vécu d’Anaira avec pudeur, il peut aussi faire naître de la frustration chez le spectateur. Pourtant, Alauda Ruiz de Azúa observe le chemin de son héroïne sans jamais remettre en question la sincérité de son sentiment. Dans une très belle séquence proche de la fin du film, lorsqu’on entrevoit enfin ce que vit la jeune fille au plus profond d’elle-même, on comprend pleinement l’intention de la cinéaste de représenter une même réalité vécue de différentes manières.

À travers une mise en scène sobre, guidée par des chœurs puissants, Alauda Ruiz de Azúa s’éloigne du débat qui oppose la foi et à la raison et s’applique à ouvrir le dialogue sur l’amour inconditionnel. Peut-on aimer quelqu’un sans comprendre ses actes ? Peut-on accompagner un être cher avec qui on est en désaccord ? Le long-métrage déconstruit l’idée de la famille parfaite et observe la réalité de l’institution familiale dans toute sa complexité. En s’intéressant autant au parcours d’Ainara qu’à l’impact de sa décision sur ceux qui l’entourent, la cinéaste ouvre un véritable espace de réflexion pour les spectateurs. Ainsi, Les Dimanches nous renvoie, avec une lucidité troublante, à notre propre éducation, à nos trajectoires de vie et à une question fondamentale : qu’est-ce qui nous rend profondément heureux ? 

 

Marie Serale

 

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