Si tu penses bien : vivre en apnée
Date de publication : 17.09.26
Retour sur le film Si tu penses bien de Géraldine Nakache
Un virage vers le drame
Seize années se sont écoulées depuis la réalisation de son premier long-métrage, Tout ce qui brille (2010) et aujourd’hui, il reste impossible de ne pas penser à Ely et Lila lorsqu’on entend Chanson sur ma drôle de vie de Véronique Sanson. Depuis, Géraldine Nakache a continué de tracer son chemin de réalisatrice à travers des portraits d’héroïnes, dans des comédies douces-amères. Si tu penses bien, son quatrième long-métrage, marque un tournant dans sa filmographie, puisque la cinéaste nous propose pour la première fois un pur drame. Le film nous plonge au cœur d’une relation toxique, vécue, observée et décortiquée du point de vue de Gil, l’héroïne du récit.
Pour raconter le parcours de son personnage et la façon dont le poison de l’emprise s’est propagé peu à peu dans sa vie, la cinéaste choisit de jouer avec la chronologie des événements sur une période d’environ six ans. Des voyages dans le passé et des bonds vers le présent permettent de structurer le récit autour d’un constat : les signes sont là depuis le début de la relation, mais à chaque fois que Gil tente de prendre du recul, Jacques referme un peu plus le piège sur elle. L’autre fil d’Ariane du récit, c’est le rapport à la religion : Gil et Jacques sont tous les deux juifs. Si tu penses bien explore deux points de vue sur une même religion : d’un côté, celui de Jacques, qui en fait un outil de domination, et de l’autre, celui de Gil, qui revendique le fait que sa foi a autant de valeur que celle de son époux. À mesure qu’on avance dans ce labyrinthe infernal, on entrevoit pourtant la possibilité d’une issue pour cette femme qui ouvre peu à peu les yeux.
Sous le regard des babyphones
À l’isolement, à la manipulation et à la culpabilisation que Jacques exerce sur Gil, s’ajoute dans la deuxième partie du récit, la surveillance. À la naissance de leur fille Thaïs, Jacques installe des babyphones munis de caméras dans la maison, sans en parler à Gil. Lorsque les images des caméras envahissent l’écran de cinéma, Si tu penses bien a clairement des airs de thriller. C’est à ce moment précis du film qu’un déclic semble se produire dans l’esprit de Gil, qui prend conscience des limites qui ont été franchies à plusieurs reprises et que le pire est à venir.
L’intensité de Monia Chokri, dont le regard suffit à nous bouleverser, se mêle au jeu tout en nuances de Niels Schneider dans ce récit étouffant. Géraldine Nakache signe ainsi une fiction glaçante qui aborde l’emprise conjugale comme un angle mort, une violence sourde et surtout une réalité sur laquelle il est urgent d’ouvrir les yeux.
Date de sortie du film Si tu penses bien de Géraldine Nakache : le 16/09/2026