Coutures : quand la vie file et défile

© Copyright Carole Bethuel

Date de publication : 20.02.26

Après Rebecca Zlotowski et Jodie Foster dans Vie Privée, c’est au tour d’Alice Winocour et d’Angelina Jolie de former un duo inattendu. Quatre ans après Revoir Paris, la cinéaste française choisit de nouveau la capitale comme décor de cinéma. Dans Coutures, Alice Winocour s’intéresse à la Fashion Week, lieu de paraître et d’illusions où des rêves se réalisent et d’autres se brisent. En coulisses, elle tisse le portrait de trois femmes dont les corps, les cœurs et les destins se croisent.

Une aiguille pour trois destins 

Tout au long de sa filmographie, d’Augustine à Revoir Paris, Alice Winocour a exploré les trajectoires d’héroïnes fortes, qui doivent faire face à des bouleversements. Si Coutures s’inscrit dans cette lignée, il s’agit aussi d’un portrait aux multiples visages et d’un film choral. La métaphore de la couture guide véritablement le récit, et permet d’aborder des thématiques plurielles. Dans Coutures, on suit les parcours de trois femmes qui vont se rencontrer et travailler ensemble lors de la Fashion Week. Il y a d’abord Maxine (Angelina Jolie), une cinéaste américaine sollicitée par une maison de haute couture française pour réaliser le film qui ouvrira son défilé. L’actrice principale de ce film, Ada (Anyier Anei), une apprentie mannequin soudanaise est également l’une des héroïnes du récit. En coulisses, on fait aussi la connaissance d’Angèle (Ella Rumpf), une maquilleuse qui rêve d’écriture. Et puis, comme pour sceller le lien entre ces trois protagonistes, la caméra s’attarde sur Christine (Garance Marillier), une jeune couturière chargée de réaliser la robe que portera Ada pour ouvrir le défilé.

Maxine, Angèle et Ada empruntent des chemins de vie différents, mais tous jalonnés d’obstacles. Coutures explore des fragments des vies de ces femmes, réunies au service de la mode, que Maxine qualifie d’« inutile et nécessaire » au début du film. Qu’elles soient novices ou qu’elles cherchent à quitter ce milieu, les héroïnes partagent un sentiment de décalage. Dans ce monde impitoyable et matérialiste, elles parviennent à tisser des liens authentiques, car il suffit parfois d’un regard, d’un geste ou d’un mot pour apaiser les blessures.

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Le cœur qui bat en coulisses

Dans Coutures, Alice Winocour sonde les profondeurs d’un monde d’apparences. Au-delà d’éclairer les dessous d’un défilé de mode, la cinéaste s’intéresse à des histoires qui se répondent et font naître une solidarité insoupçonnée. Inscrit dans le temps resserré de la Fashion Week, le film parvient à saisir des éclats d’existence dans toute leur intensité. Les dialogues, pensés pour servir une narration plutôt concise, manquent pourtant parfois de subtilité. On aurait aimé, par exemple, explorer davantage les émotions et les questionnements de Maxine lors de ses interactions avec le médecin qui lui apprend une nouvelle bouleversante. Le long-métrage n’en reste pas moins riche en belles idées, à commencer par celle d’achever son récit avec une tempête libératrice et triomphante.

Sous le vernis froid du glamour, les personnages de Coutures construisent une sorte de réseau secret de sororités dont les fils peuvent recoudre les plaies. Alice Winocour signe un récit choral fluide et délicat, qui met en lumière des héroïnes capables de traverser les tempêtes.

 

Marie Serale

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