Romería : quand le soleil révèle les fantômes

© Copyright Quim Vives/Elastica Films

Date de publication : 09.04.26

En seulement trois longs-métrages, Carla Simón s’est fait une place de choix dans le paysage cinématographique. Après avoir remporté le prix du meilleur premier film de la Berlinale pour Été 93 en 2017, puis l’Ours d’Or pour Nos Soleils en 2022, la cinéaste a présenté Romería en compétition du Festival de Cannes en 2025. Presque un an plus tard, il est temps pour le public français de découvrir ce film solaire et poétique, qui explore la mémoire familiale à travers une enquête intime.

Retour sur le film Romería de Carla Simón

Sur les traces d’une histoire effacée

« Serais-je une personne différente si j’avais grandi dans ma famille biologique ? » , se demande Marina (Llúcia Garcia), l’héroïne de Romería. Dans le but d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, elle doit partir à la rencontre d’une partie de sa famille qu’elle ne connaît pas. Munie de sa caméra, elle observe Vigo depuis le voilier de son oncle et parcourt le journal intime de sa mère, qui ne l’a jamais quittée. Adoptée depuis l’enfance, elle entreprend ce voyage avec un but précis, sans se douter des secrets qu’elle va découvrir. Sur les traces de ses parents, emportés par le sida lorsqu’elle était enfant, elle va tenter de reconstituer une partie de sa propre histoire.

Si notre rapport au passé est fondamental dans la construction de notre identité, nous devons aussi parfois apprendre à composer avec l’inconnu. Carla Simón s’est inspirée de l’histoire de sa famille pour écrire Romería, mais le film aborde surtout la mémoire et le fait que certains souvenirs nous échapperont toujours. Dans un entretien publié par Ad Vitam dans le dossier de presse du film, la réalisatrice a d’ailleurs confié : « Frustrée par l’impossibilité de découvrir l’intégralité de l’histoire de mes parents, j’ai opté pour la création du souvenir qui me manquait. ». Avec Romería, elle nous propose ainsi un récit à mi-chemin entre l’enquête et le film de vacances, qui révèle avec finesse les secrets enfouis d’une famille, mais aussi les blessures liées à une histoire effacée. 

© Copyright Quim Vives/Elastica Films

Le murmure des algues 

En vacances dans sa famille inconnue, Marina semble flotter entre deux époques, deux versions d’une même histoire. Sa présence à Vigo met en lumière le silence et la honte qui planent sur l’histoire de ses parents. Entre les écrits de sa mère et les témoignages qu’elle recueille, la jeune fille tente de trouver la pièce manquante du puzzle de son existence : sa propre vérité. Baigné d’une douce lumière d’été, Romería apaise autant qu’il écorche le cœur. Carla Simón y raconte avec justesse les blessures encore à vif d’une famille frappée par le drame, mais y observe aussi la magie et la sensualité des paysages de la côte atlantique espagnole.

Sublimé par la dimension onirique de sa dernière partie et par le regard pétillant de Llúcia Garcia, Romería est un film rempli de charme. On se laisse complètement emporter dans le pèlerinage de Marina qui nous rappelle que le pouvoir narratif du cinéma peut aider à traverser bien des épreuves. 

Marie Serale


Présenté à Cannes en 2025, le film Romería de Carla Simón sortira le 08/04/2026

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