Woman and Child : les ravages du patriarcat

Date de publication : 26.02.26

Si la Palme d’or du 78e Festival de Cannes a été attribuée à Jafar Panahi pour Un simple accident, un autre cinéaste iranien talentueux, absent du palmarès, a aussi marqué cette édition. Après Life and a Day, La loi de Téhéran et Leila et ses frères, Saeed Roustaee est de retour au cinéma avec un nouveau long-métrage sous tension, où l’intime devient politique. Dans Woman and Child, il raconte le parcours tragique d’une femme en quête de justice.

Dans les cendres d’un foyer 

Qu’elle soit considérée comme une institution, un refuge, un repère ou comme un lieu de tourments, la famille repose sur un équilibre fragile, qui peut être bouleversé à tout moment. Dans Woman and Child, Saeed Roustaee s’intéresse à une famille aux fondations rongées par le mensonge et la manipulation. À travers le regard de Mahnaz (Parinaz Izadyar), une infirmière de 40 ans, le film explore les ravages du patriarcat qui domine la société iranienne. Mahnaz élève seule ses deux enfants et s’apprête à épouser son compagnon Hamid. Mais l’équilibre fragile qu’elle a tenté de construire au fil des années s’effondre à la suite d’un accident tragique.

Woman and Child met en lumière le sort des femmes et des enfants piégés dans une société dysfonctionnelle, où l’image et l’honneur priment sur la liberté et la morale. Dans le film, Mahnaz doit faire face à un enchaînement de drames qui détruisent son monde, et pourtant, autour d’elle, rien ne change. Sous nos yeux, Saeed Roustaee construit un véritable théâtre où se joue une tragédie aussi violente qu’ordinaire. Le cinéaste combine habilement un scénario dense et une mise en scène minutieuse pour faire monter progressivement la tension qui habite son récit. Devant la caméra, l’immeuble où vit Mahnaz devient un gouffre vertigineux au fond duquel tout espoir pourrait bien disparaître.

© Copyright Amirhossein Shojaei & Saeed Roustaee

Des regards et des cris 

La tension de Woman and Child repose sur un pivot scénaristique majeur que nous ne dévoilerons pas ici, afin de nous concentrer sur ce que ce changement de dynamique apporte au récit. Si la charge mentale de Mahnaz paraît déjà difficilement soutenable au début du film, entre son travail à l’hôpital et les tensions provoquées par les hommes qui l’entourent, sa vie va basculer peu à peu vers le cauchemar. Woman and Child embrasse pleinement sa dimension mélodramatique, en enchaînant les rebondissements ponctués de cris et de larmes, qui nous font parfois frôler l’incrédulité. Pourtant, en racontant aussi son histoire à travers les silences et les jeux de regards, Saeed Roustaee prouve son talent de metteur en scène.

Le cinéaste ne ménage pas ses personnages, qui laissent la cruauté et la colère les envahir au fur et à mesure du récit. En s’intéressant à leurs choix et aux conséquences de leurs actes, il met en lumière les manquements de la société dans laquelle ils évoluent. Incarnée par l’impressionnante Parinaz Izadyar, Mahnaz n’est ni une victime, ni une héroïne, mais une femme complexe et une combattante acharnée, qui dévoile sa profonde résilience dans une séquence finale bouleversante. Contraint de composer avec les règles du système iranien, après sa condamnation à six mois de prison et l’interdiction de Leila et ses frères en Iran, Saeed Roustaee signe pourtant le portrait puissant d’une femme en lutte.

 

Marie Serale

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