Ces au revoirs qui serrent le cœur : portraits de jeunesses par Guillaume Brac
Un diptyque sur les amitiés adolescentes
Du Nord au Sud, à Hénin-Beaumont et à Die, l’heure est aux adieux. Que ressent-on lorsque les chemins se séparent, lorsque les amitiés qu’on a construites sont mises à l'épreuve de la vie ? Guillaume Brac a exploré cette interrogation existentielle à travers un diptyque sur les amitiés adolescentes. Un pincement au cœur et Ce n’est qu’un au revoir donnent tous deux à voir la fin d’une année scolaire, le sentiment de liberté à l’aube des vacances, mais aussi les séparations difficiles. Tournés à quelques années d’intervalles, les deux films mettent en miroir des points de vue géographiquement et socialement différents et éclairent des vécus intimes.
Dans Un pincement au cœur, on suit Irina et Linda, deux lycéennes âgées de 15 ans. Entre deux chorégraphies pour des vidéos Tik Tok, au lycée, à la plage ou au centre commercial, elles se confient sur leurs familles et leur vision de l’avenir. Ce sont bientôt les vacances et les deux amies ne se retrouveront pas à la rentrée, car Linda doit déménager une nouvelle fois. Ce n’est qu’un au revoir donne aussi à voir une séparation, mais s’intéresse surtout à des amis qui vivent et évoluent ensemble. À la fin de leur année de terminale, le quotidien d’Aurore, de Nours, de Jeanne, de Diane et de leur groupe est rythmé par des soirées dans les chambres d’internat, des baignades dans la Drôme et des incertitudes après les épreuves du baccalauréat. Nés du mélange d’une mise en scène délicate et d’une spontanéité rare, ces portraits capturent le parfum doux-amer des périodes de transition qui font partie de la vie.
« La plus belle saison des quatre de la Terre »
Au moment où l’on sent notre cœur se serrer en regardant Un pincement au cœur, la douceur des mots chantés par Françoise Hardy nous apaise. Les deux films de Guillaume Brac ouvrent des fenêtres sur l’intime : à travers ces histoires d'amitiés, on découvre aussi les douleurs et les profondes incertitudes qui habitent certaines personnes. Qu’il filme une bande, comme dans Ce n’est qu’un au revoir ou un plus petit groupe, comme celui de Linda et d’Irina, Guillaume Brac s’intéresse avec autant de sensibilité aux problématiques rencontrées par les jeunes. Beaucoup d’entre eux s’interrogent sur l’avenir alors que, d’après Jeanne « le monde fonce droit dans le mur », tandis que d’autres doivent composer avec leurs blessures familiales. En tous les cas, l’amitié s’impose comme une source de lumière, voire une famille de substitution.
Dans les deux films, les jeunes sont filmés ailleurs que dans le domicile familial : au lycée, à l’internat ou ailleurs. Cela participe à cette impression d’une prise de recul et d’une grande maturité quant à leurs vécus. La caméra de Guillaume Brac saisit les rires et la légèreté de l’instant présent, tout comme les confidences, les silences et les regards qui doutent. La tendresse et l’écoute que partagent Irina et Linda dans Un pincement au cœur, l’énergie et la solidarité presque familiale du groupe de Ce n’est qu’un au revoir rayonnent, comme seules les amitiés sincères le peuvent. Emplis de vie et de chaleur, ces deux films célèbrent ainsi les vertus de l’amitié, le pouvoir de la communication, du lien et du collectif.
Marie Serale | @marie_srl